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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 06:55

Vendredi 14 octobre

 

Encore une découverte durant cet hiver, grâce à L'heure ultramarine dédiée à ce livre et son auteur, Mohammed Aïssaoui, prix Renaudot Essai et Prix RFO 2010.

Il n'est pas question de raconter toute l'histoire, mais quand même ! M. Aïssaoui découvre un lot d'archives vendu aux enchères pour la somme dérisoire de 2000 et quelques euros, qui, six mois après son attribution aux Archives départementales de la Réunion, attendait toujours son "départ". Journaliste au Figaro, l'auteur se plonge dans ces documents et est littéralement happé par cet épisode méconnu d'une Histoire qui reste à faire. Ce n'est ni un travail d'historien, ni un véritable essai, ni un roman et pourtant on est captivé de bout en bout par ce récit et son dénouement, pourtant connu d'emblée.  63810041.jpg

L'auteur dit avoir voulu rendre justice à Furcy, citant Semprun, "Sans fiction, la mémoire périt", et Modiano. On pense plusieurs souvent à la Shoah en lisant cette histoire, pour différentes raisons, outre celle-ci et même si elles ne sont pas comparables. M. Aïssaoui fait également référence aux Justes, tous ces gens qui se sont mobilisés pour un autre "au détriment d'eux-mêmes, de leur famille, de leur carrière... et notamment ces avocats, qui ont pris d'énomes risques et ont signé des plaidoieries qui méritent d'être das les manuels scolaires".

Il pose une question récurrente : "Sommes-nous responsables de nos pères ? En mal. Ou en bien." Il cite un historien spécialiste de l'histoire de la Réunion, Hubert Gerbeau : "L'histoire de l'esclavage est une histoire sans archives". S'il existe de nombreux documents concernant les familles coloniales, il n'en existe pratiquement aucun sur les esclaves. Pourtant, par exemple, de nombreux procès et affaires ont eu lieu, mais les archives ont été détruites lorsque le vent abolitionniste a commencé a souffler sur les îles. Comme les nazis ont brûlé d'innombrables archives en 1944.  Mais évidemment ce n'est pas comparable, car concernant les esclaves au départ peu de registres  - état-civil, etc - existaient. D'ailleurs, Furcy sait que sans identité, il n'y a pas de liberté.

"Qu'est-ce qui pousse un homme à tendre la main à un autre ?" et "Qu'est-ce qui se passe dans la tête de Furcy pour que, à trente ans et un ans, après toute une vie de soumission, il décide tout à coup d'aller au devant d'immenses problèmes ?". Peut-être la réponse en forme de question " Qu'est-ce qu'on est prêt à sacrifier pour la liberté, quand on en connaît pas le goût ?" L'auteur est "convaincu que Furcy a chois d'aller jusqu'au bout car il était conscient que son cas dépassait sa personne. (Lui aussi) a agi pour les autres."  Non par la révolte, mais par la voie lente et incertaine de la justice.

Enfin, comme tous les systèmes d'exploitation économique (on songe encore au système concentrationnaire nazi, dont une dimension incontestable était également économique, les grandes entreprises allemandes qui ont toujours pignon sur rue aujourd'hui doivent s'en souvenir) : "Gilbert Boucher (le procureur général qui le premier décide d'oeuvrer pour Furcy) pensait que pour comprendre une époque, il fallait observer son "modèle économique", voir comment il fonctionnait. Pour lui, l'esclavage était un redoutable système, sans doute le plus rentable qui ait jamais existé (...) On a habillé l'esclavage du vernis de la morale, de la religion (...) On l'a même habillé de considérations physiques, naturelles"... "Si l'on regardait de plus près, tout était organisé pour maintenir le système en place : l'homme considéré comme une marchandise ; l'interdiction pour les esclaves de posséder et donc de s'enrichir ; l'interdiction de s'instruire ; l'interdiction de porter plainte"...

"Les hommes ne laissent pas libres. Ils le deviennent". Le 20 décembre 1848 est proclamé pour la seconde fois l'abolition de l'esclavage. Le commissaire général de la République, Sarda-Garriga, se déplace en personne pour annoncer la bonne nouvelle. Et surtout  afin d'appliquer "sa méthode, pour éviter un bain de sang, (qui) était de faire en sorte que les esclaves continuent de travailler pour ne pas mettre l'île en faillite"... Pour des salaires dérisoires.  Mohammed Aïssaoui rappelle aussi les questions qui se sont posées alors : "... jamais vues dans un manuel historique : Quand quitter son maître ? Où habiter ? Où dormir ? Comment se marier ? Comment adopter un nom ? Toutes ces questions que l'on ne pose pas quand on naît libre et qu'on possède une identité"...

On repense à tous ceux qui erraient en Europe de l'Est à la libération sans plus aucune identité, sans  plus rien...)

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