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Frédéric Lenormand, Mort d'un cuisinier chinois, Les nouvelles enquêtes du juge Ti, Le Seuil, Points Policier, 2005, 272 p.

L'action se passe au 7è siècle, dans la capitale de l'empire des Tang, Chang-an. Le juge Ti, nommé  à la Cour métropolitaine de justice de la capitale, arrive en toute hâte, bientôt suivi de sa première épouse et ses deux concubines, ses quelques enfants er ses meubles. Tout ce petit monde s'installe chez la mère du juge, veuve depuis 10 ans, alors que son fils exerçait ses talents dans une lontaine contrée désertique de l'empire, c'est-à-dire juge pour les moutons et les chameaux. Le juge et sa famille ont quitté la demeure familiale depuis 17 ans. Alors que la cohabitation devient vite orageuse entre la première et sa belle-mère, le juge ronge son frein en se demandant pourquoi il a été nommé à la Cour de l'Empire et surtout dépêché en toute urgence. Convoqué par le grand chambellan, il ne tarde pas  à l'apprendre, nommé juge plénipotentiaire par l'Empereur soi-même, ce que ne manque pas l'inquièter - la justice impériale ne fait pas dans le détail et est réputée expéditive. Mourir dans la Cité interdite revient à commettre un crime de lèse-majesté.. Ce ne sont pas ses talents d'enquêteur qui ont présidé  à sa nomination, mais les rapports de justice qu'il envoyait de province, dont la lecture emplit le Dragon de délectation. On le charge de trouver le responsable de la mort d'un cuisinier de la Cité interdite, faute de quoi c'est tout le personnel qui passera de vie à trépas. Nous découvrons en même temps que lui l'organisation complexe et la hiérarchie qui règnent au sein des cuisines impériales, au nombre de 4 ; et c'est le passage de l'une  à  l'autre qui  provoque rivalités, conflits, règlements de compte. Le juge découvre aussi un lieu où règne manipulation, dissimulation, ambition, usurpation de richesse, lutte pour le pouvoir. Alors qu'il mène son enquête dans une débauche de plats, de saveurs, de couleurs, sa première épouse, persuadée que sa belle-mère a assassinée son mari, mène aussi sa petite enquête. L'humour et l'auto-dérision du juge contribuent aussi au plaisir de la lecture.
Le suspense est tenu jusqu'au(x deux) dénouement(s), dont le plus inattendu n'est pas celui que l'on croit. Le lecteur, s'il est comme moi totalement ignorant de cette époque et de cet empire, découvre un univers et une culture riches. De plus, la plongée dans les cuisines impériales révèle des surprises gastronomiques que la lectrice gourmande que je suis n'a pas eu l'heur de goûter malgré sa fréquentation assidue des gargottes chinoises :  "la patte d'ours brun de Dunbai", spécialité mandchoue,  "attendrie  à la vapeur, braisée, mariée avec des rayons de miel d'abeilles sauvages" et "garnie de foies d'hirondelles, puis décorée avec deux nids du même oiseau. Le tout flambé puis enfin lacéré pour être servi" ; ou le canard  setchouan "trois en un", "un pigeon est fourré dans le ventre d'un poulet, lui-même fourré dans celui d'un gros canard, le tout servi au milieu d'oeufs de caille"... Bon appétit, et pas d'inquiètude : aucun risque d'indigestion !

Je crois que "Les nouvelles aventures du juge Ti" sont une suite  à celles écrites par Robert Van Gulik.

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