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Mary R. Ellis, Wisconsin,  10/18, Domaine étranger, 2004

L'auteur serait une lointaine parente féminine de Jim Harrison. Les romans de ce dernier sont à la mesure des Etats-Unis : immenses, épiques, masculins, pour ne pas dire virils, à l'image de ce que nous rêvons de l'Amérique et de ce qu'elle est. L'Amérique de Mary R. Ellis est vue par le petit bout de la lorgnette, par un regard de femme, par le quotidien : celui de 2 familles américaines qui traversent l'histoire  américaine à partir des années cinquante. Difficulté de vivre de la terre dans une région sauvage, âpre, faite pour la chasse et la pêche, d'où les Indiens Ojibwés tiraient leur survie, et non pas pour l’agriculture, sauf au prix d’une grande souffrance. Alcoolisme, violence familiale, étroitesse d'esprit d'une bourgade de province : ce que nous ne rêvons pas de l'Amérique mais ce qu'elle est aussi. L'écriture féminine se ressent à travers les mots de chaque personnage : en effet, c'est un roman à plusieurs voix, chaque protagoniste prenant la parole successivement pour raconter l'histoire de ces familles, selon son vécu et sa perception des événements. Le premier est Bill, et c'est lui le fil rouge du récit, autour duquel se tisse l'histoire familiale. Du petit garçon,  armé de son épée de bois et de sa carapace de tortue en guise de bouclier,  se battant contre des ennemis connus de lui seul, et occasionnellement contre le chien de la maisonnée, sauveteur de tous les êtres vivants de la création, éleveur de souris, adorant son frère Jimmy, sosie d'Elvis Presley, qui décide de s'engager  pour le Vietnam pour fuir la violence du père, à l'adulte qu'il devient, chercheur, mari et père inespéré alors que la loi commune le condamnait à suivre le modèle paternel. « Tel père, tel fils ». C'est un roman sur la filiation, la filiation naturelle, qui unit Claire, à ses deux fils, malgré son aveuglement, et qui fera tout ensuite  pour " réparer" Bill, et la filiation construite jour après jour, qui fait de Rosemary et d'Ernie les parents de substitution des deux frères, sans pour autant être plus clairvoyants sur les drames qui les frappent. Eux ne peuvent avoir d'enfants et vont d'abord reporter leur affection sur Jimmy, pour comprendre beaucoup plus tard qu'ils n'ont pas "vu" Bill. Ils vont alors aussi tenter de rattraper le temps perdu. C'est Jimmy qui nous raconte la grande histoire des Etats-Unis,  à travers les souffrances qu'il endure au Vietnam. Il continue de veiller sur son petit frère, même après sa disparition. Cet amour insuffle la volonté de vivre, et la force  de la nature n’est pas étrangère à cette volonté de survivre. Bill  incarne l'espoir, malgré la difficulté d’être et de vivre.
Il y a un très beau mot dans ce roman, inconnu de moi jusqu’alors, gaulthérie, qui désigne un arbrisseau aux feuilles aromatiques.

Merci Isabelle, pour ce roman, pour lequel je ne partage pas ton avis : évidemment, ce n’est pas un « grand » livre, mais on ne lâche pas  ces paysages et ces personnages dont on partage la vie.













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