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Moareinou

Retrouvez la légende et des photos ici.

Légende présentée par les élèves  à Marie-Murail : lue par Elisabeth, dansée par Djémila (Moareinou), Jean-Daniel (Moadjiwa), Roger, Raphaël, accompagnés aux percussions par Théo, Jordy, Pierre, Xavier...


Littérature orale, 60 contes mélanésiens de Nouvelle-Calédonie, publications de la Société d'Etudes historiques de la NC, n°21, réimpression 1986, p. 117-118

 

Légende recueillie par R. Tavernier, à Touaourou

 

Racontée simplement, et même succinctement, par souci de ne pas se vanter, ou « en rajouter », cette légende expose cependant un thème important : celui du « jeune » qui délivre le pays d'un fléau, thème commun à une grande partie de l'humanité. Ici, il paraît signifier l'épopée et le triomphe d'un clan. Mais par-delà un simple conflit clanique, ce récit peut recéler l'origine d'une chefferie, et s'élever ainsi au-delà de la rivalité de deux clans.

Il convient de noter, à l'appui de cette réflexion, que les gens de Touaourou* ont, depuis 1974, concrétisé cette légende par une danse très réussie. Qui peut dire si ce besoin de pérenniser une tradition orale venue jusqu'à nos contemporains, ne correspond pas à une profonde nécessité de perpétuer le souvenir d'un fait mémorable ou bien si le simple choix de la beauté du récit a guidé ceux qui en ont décidé la chorégraphie ?

Le collecteur n'a pu connaître la signification du Moadjiwa ; par contre, on sait que Moareinou est l'Ancêtre du clan Atiti** de Goro***. Mais cela n'éclaire pas tout.

Ajoutons enfin l'importance reconnue au sang : le sang, c'est la vie.

 

Dans le Sud deux filles arrachent l'herbe pour couvrir une case ; l'une au cours de son travail, se coupe le doigt ; elle fait couler une goutte de sang sur une feuille de taro... et c'est un petit qui apparaît : Moadjiwa (fleur d'herbe). Il grandit dans le plateau au-dessus de la montagne. Il entend bientôt le bruit de la mer. Malgré la défense de sa mère, il va au rivage et commence à errer de plus en plus loin en faisant la pêche... Il a entendu parler d'une vieille guerrière renommée, Moareinou « aux longues dents » qui brillent de loin et dévore ses victimes... Il se décide à la provoquer ; mais elle réside sur la Côte Ouest, vers le cap N'Doa, face à l'île Ouen.

De baie en baie, Moadjiwa part de Touaourou, arrive au cap N'Doa, trouve seulement les deux filles de Moareinou. Il tue l'une, la met au four : « Tu diras à ta mère que c'est le manger pour elle », dit-il à l'autre et il se sauve.

C'est la provocation... Colère de Moareinou qui prend ses provisions et ses armes (des coquilles d'huîtres qu'elle lance avec force et adresse). De baie en baie, elle arrive à Touaourou. Du plateau corallien elle surveille et tue ceux qui vont à la pêche. Mais voilà le jeune prétentieux. Elle l'attaque avec ses coquilles d'huîtres mais celui-ci réussit à éviter le coup et les coquilles s'incrustent dans le rocher du corail, comme on peut en voir les traces actuellement, ainsi que la trace du pied de la guerrière... Finalement au troisième coup, c'est Moareinou qui est tuée par la sagaie de Moadjiwa et son corps est sous le gros caillou du rivage du clan Atiti.

Le Toutou**** sonne... On est libéré du fléau de Moareinou.

 

* Une des quatre tribus de Yaté.

** Nom du clan de Goro.

*** Une autre des quatre tribus de Yaté.

**** Le « toutou » (ailleurs : la « toutoute ») est un gros coquillage qui produit un son puissant quand on souffle dedans après avoir coupé son extrémité pointue. Il est dans la tradition mélanésienne, la trompette des récits antiques.


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