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Nimouri et le crabe 

Retrouvez la légende  et une photo ici.


A Oupo, dans la forêt de Gadji (au Nord de l'île des Pins), vivait une famille dont la famille s'appelait Nimouri. Elle avait 16 ans et était très belle. Sa mère lui avait appris la petite pêche, près de la côte. Nimouri y prenait beaucoup de plaisir. Le jour, le niveau d'eau d'un trou d'eau saumâtre la renseibnait sur la marée, la nuit, elle se repérait à la lune. A son lever, elle fait monter la mer. Lorsqu'elle est au milieu du ciel, elle la fait baisser, et enfin lorsqu'elle entre derrière les collines, elle l'attire de nouveau à elle.
Un jour, alors que ses parents étaient aux champs, elle décida d'aller à la pêche. Elle regarda le ciel, la lune n'y était plus.
"- Nènè, je voudrais aller  à la pêche, je rapporterai des coquillages et des crabes pour le repas.
- Prends le panier et ne rentre pas trop tard."
Nimouri prit quelques bananes grillées dans son panier et partit. Dès qu'elle fût dans la baie de Konda, elle se mit  à chercher des crabes, se penchant pour regarder au fond des trous.Tout à coup, elle en aperçut un, s'agenouilla et avança prudemment la main à l'intérieur de la galerie. Elle allait saisir sa proie quand elle sentit une pince se refermait sur l'un de ses seins. Elle s'était allongée sur la vase et ne s'était pas aperçue qu'elle se trouvait au-dessus d'un trou de crabe. Elle hurla de toutes ses forces :
"- Ekoloïni Nènè ?"
Mais personne n'était là pour l'entendre. Toute la matinée, elle appela sans pouvoir faire un mouvement :
 "- Ekoloïni Nènè ! Ekoloïni Nènè !"
La mer baissa, puis commença à remonter et le soleil pencha du côté des collines. Il allait disparaître quans la mère de Nimouri réalisa que sa file n'était pas rentrée. Elle courut vers le rivage et suivit les traces de son enfant en appelant :
"- Nimouri ! Nimouri !"
Aucune réponse ! Soudain, elle vit une  forme couchée dans l'eau. Un panier flottait à côté, bercé par les vaguelettes. Elle s'élança en courant :
"- Nimouri, que fais-tu là ?"
Mais Nimouri avait cessé de vivre. Brisée de chagri, la mère pleura, pleura, pleura. Pointchipé, la gardienne de la baie de Konda, entendant ses lamentations, s'approcha :
"- Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-elle ?
- Où étais-tu pendant que ma fille se noyait ? Elle t'a sûrement appelé ! Pourquoi n'es-tu pas venu à son secours ?
- J'étais un peu plus loi, à Touré.
- Nous t'avons choisi comme gardienne de cette baie et tu n'as pas fait ton devoir !Regarde : ma fille est morte. Elle est restée immobilisée là, à cause de l'un de tes fils qui l'a pincé.
Pointchipé bondit :
 "- Comment ? Un de mes fils ? C'est un crabe  qui a tué Nimouri ?
 - Oui, regarde son sein qui disparaît dans cette galerie. Voilà pourquoi elle s'est noyée."
Alors Pointchipé, soufflant dans la capsule d'un fruit de palétuvier, appela tous ses fils les crabes de la baie de Konda, et les interrogea :
"- Lequel d'entre vous  a commis ce geste ? Il est responsable de la mort de Nimouri, qui est, elle aussi, ma fille."
Il y eut un long silence, personne ne voulait  parler. Enfin, un crabe avoua :
"- C'est moi. Nimouri venait souvent pêcher ici et je suis tombé fou amoureux d'elle. Plusieurs fois j'ai voulu lui parler, mais je ne suis qu'un crabe,  et elle ne pouvit pas m'aimer. Alors, ce matin, quand elle s'est allongée pour  attraper mon frère, le crabe Waka, j'ai saisi son sein. Je l'aimais trop, j'ai voulu la garder pour moi et lorsque la marée a été haute, Nimouri est morte entre mes pinces.
Il se tut . Poinchipé le regarda et dit :
"- Tu as eu le courage d'avouer ta faute. Cependant, il faut que tu sois puni."
Le crabe reprit :
"- J'accepte d'être puni, Mère, mais je t'en prie, laisse moi le souvenir de celle que j'ai tant aimée."
Pointchip parla :
"- Voici ta malédiction? Parce que tu as causé la mort de Nimouri, tu deviendras si petit qu'on ne te verra presque pas. Je t'enlèverai tes couleurs vives et tu seras tout noir. Néanmoins, comme tu m'as demandé de laisser sur toi une trace de ta bien-aimée, la pince avec laquelle tu as emprisonné son sein sera rouge et plus grosse  que l'autre. Mais ce n'est pas tout  : si un homme tentait de t'attraper pour te manger, il subirait le même sort. Et s'il s'agissait d'une femme, son sein deviendrait énorme."
Puis la gardienne de Konda s'adressa à tous :
"- Maintenant, retirez-vous et que plus jamais une chose aussi horrible se reproduise !"
Elle se retourna vers la mère de Nimouri qui portait le corps sans vie deson enfant  :
" Femme, ta fille n'est pas morte ; emporte-la à son père. Dis à celui-ci d'aller à  Neu, là où sont vos plantations. Qu'il y choississe un endroit où la terre est riche et qu'il y creuse un trou. Tu y coucheras ta fille que tu recouviras de terre retournée. Ensuite tu couperas un jeune tronc que tu écorceras et que tu planteras  à l'endroit où repose Nimouri".
La mère était sur le point de partir quand Pointchipé ajouta :
"- Je ne veux pas te laisser toute seule dans ta tristesse. Je t'accompagnerai jusque chez toi à Oupo."
Les deux femmes assemblèrent des branches et des lianes, y couchèrent Nimouri et l'emportèrent  à la case familiale. Le père fondit en larmes  quand il comprit ce qui était arrivé. Poinchipé le rassura en répétant les conseils qu'elle avait  déjà donné  à la mère. Elle ajouta :
"- Tu seras consolé quand tu verras se lever quelque chose sur la tombe de ta fille. Je m'en vais maintenant."
Le lendemain, au lever du soleil, les parents emportèrent Nimouri à Neu, dans leur champ, et ll'enterrèrent en suivant les recommandations de Poinchipé. Puis ils rentrèrent avec tristesse. Ils étaient trop vieux pour espérer avoir un autre enfant. Cependant, ils avaient confiance dans la promesse de Pointchipé, la gardienne de la baie de Konda. Chaque jour, ils allaient à Neu et s'arrêtaient devant la butte marquée par le morceau de bois.
Au matin du quinzième jour, ils aperçurent quelque chose de vert qui tranchait sur le blanc du rameau. C'était une belle tige d'igname, une tige rose qui s'élevait en spires vigoureuses.
Le père regarda sa femme :
"- Voilà réalisée la promesse de Poinchipé ! Notre fille est bien vivante. Regarde-la sortir de terre ! De quels soins allons-nous l'entourer !"
Nimouri grandit, et encore aujourd'hui, vous pouvez la voir : c'est une belle igname  parmi les belles ignames de Kunié (le nom originel de l'île des Pins).

                                                                                                                                                                    raconté par Rock Akifoua
                                         in Contes de Nouvelle Calédonie, Nathan, "Contes du monde entier", 1985, 127 p., illus. n. b.



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