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Romain Gary, La promesse de l'aube, Gallimard, Folio, 1980, 390 p.

"Avec l'amour materne!, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais."

Récit autobiographique qui débute avec l'arrivée en France de l'auteur à l'âge de 8 ans, avec sa mère,  venant de Pologne.  Toute la vie de sa mère tourne autour de ce fils qui incarne ses rêves, ses espoirs, ses propres ambitions déçues. Il réussira là où elle a échoué : d'abord il sera Français, puis deviendra écrivain et ambassadeur de France, puisqu'elle est obligé d'admettre qu'il n'a aucun talent pour le violon, le tennis, le chant ou le ballet. Lui-même, un temps tenté par la peinture, reconnaît qu'il est plus doué pour l'écriture. Il ne peut échouer dans la voie qu'elle lui a choisi, car elle a sacrifié sa vie de femme. En outre, cet amour exhubérant,  confiant , assorti de certitudes parfois naïves l'oblige à mentir pour éviter  à sa mère une déception. Ce livre est aussi le récit d'un amour maternet du lien filial indéfectible,  la fin en est une autre preuve,  et constitue aussi un témoignage historique sur la résistance de la France libre à travers les activités dans l'aviation de Gary. Celui-ci n'a d'autre alternative que de s'engager, c'est sa mère qui guide et oblige ses choix. Le récit est drôle : Gary manie un humour et une autodérision surprenants ; parfois exagéré,  à l'image de cette mère  toute russe dans sa grandiloquence. L'écriture est de facture presque classique, mais l'ironie et l'humour lui apportent  le petit grain de folie nécessaire . Gary fait  preuve également d' optimisme  quant à l'avenir et les hommes, il témoigne de son combat contre l'injustice et  nous fait partager son regard sur la beauté du monde, à préserver, ce qui ne lasse pas de surprendre lorsque l'on sait qu'il s'est suicidé peu après la publication du livre.

"Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants".

"La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu. Elle vous a tout pris et elle n'a plus rien à vous donner."

"Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre, que je n'ai jamais su où aller depuis."

"[...] rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l'humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que les pingouins."

"La vérité est que j'ai été vaincu, mais j'ai été seulement vaincu et on ne m'a rien appris. Ni la sagesse ni la résignation. Je m'étends au soleil sur le sable de Big Sur et je sens dans tout mon corps la jeunesse et le courage de tous ceux qui viendront  après moi et je les attends avec confiance, en regardant les phoques et les baleines qui passent par centaines, en cette saison, avec leurs jets d'eau, et j'écoute l'Océan ; je ferme les yeux, je souris et je vois que nous sommes tous là, prêts à recommencer."

"Voilà. Il va falloir bientôt quitter le rivage où je suis couché depuis si longtemps, en écoutant la mer... Je vais essayer de demeurer là encore un moment, à écouter, parce que j'ai toujours l'impression que je suis sur le point de comprendre ce que l'Océan me dit. Je ferme les yeux, je souris et j'écoute... Il me reste encore de ces curiosités. Plus le rivage est désert et plus il me paraît toujours peuplé..."

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